15/07/2016 - L'Allemagne aurait beaucoup à perdre d'une dislocation de l'Europe.

Chronique économique

15/07/2016 - L'Allemagne aurait beaucoup à perdre d'une dislocation de l'Europe.

L’explosion du Système Monétaire Européen (SME) en 1992-93 a conduit l’Allemagne, malgré ses réticences, à accepter la création de l’euro en 1999. L’Allemagne a en effet réalisé que la dépréciation des autres devises européennes en 1992-93 dégradait fortement sa compétitivité et affaiblissait son économie, permettant aux autres pays de stimuler leurs exportations et de gagner des parts de marché.

Aujourd'hui, les pays de la zone euro autres que l’Allemagne font face à un  coût élevé pour leurs économies :
Des règles budgétaires de la zone euro, avec une réduction rapide des déficits publics que d’ailleurs certains pays (France, Espagne, Portugal) refusent de mettre en place aujourd’hui et alors que les derniers travaux de recherche montrent que le multiplicateur budgétaire est élevé en période de sous-emploi.

De la disparition de la mobilité des capitaux entre les pays de la zone euro. Depuis 2008-2009, le capital ne circule plus entre les pays de la zone euro, et l’excès d’épargne de l’Allemagne n’est plus investi dans les autres pays de la zone. L’appartenance à l’euro n’apporte donc plus de financements aux pays autres que l’Allemagne.

De la réglementation stricte des banques, qui prévoit que, en cas de difficulté, il doit y avoir bail-in (pertes pour les actionnaires et pour les porteurs de dette des banques) et non bail-out (recapitalisation des banques par l’Etat).

De la nécessité d’utiliser des dévaluations internes (réduction des coûts salariaux) pour améliorer la compétitivité, avec un coût important en termes de croissance, ce qu’on a vu en Espagne, au Portugal, en Grèce.

Les pays autres que l’Allemagne face à ces obstacles à la croissance dus aux règles européennes et à la situation structurelle de la zone peuvent être tentés de quitter la zone euro pour se débarrasser de ces règles.

L’Allemagne si elle veut éviter la désintégration de la zone euro pourrait accepter des évolutions qui sont contraire à ses principes.

Le risque d’éclatement de l’Europe existe. Pour alléger ces contraintes et préserver l’unité de l’Europe, l’Allemagne pourrait accepter un allègement des règles budgétaire et bancaires, la relance de sa demande intérieure, une politique monétaire plus expansionniste, plus de fédéralisme.

Pour les économistes de Natixis, tout ceci est contraire aux principes de l’Allemagne mais pourtant il est probable que l’Allemagne acceptera ces évolutions dans son intérêt et face à la crainte de dislocation de la zone Euro.

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