Accompagner l’économie sociale et solidaire face à la crise : l’expérience d’Emmaüs Cher

Accompagner
l’économie sociale
et solidaire face à la
crise : l’expérience
d’Emmaüs Cher

Associations, fondations, structures de l’économie sociale ont été particulièrement impactées par la crise Covid-19, depuis le confinement qui les a privées du jour au lendemain de bras jusqu’aux mesures sanitaires du déconfinement compliquant les conditions de leur activité en passant par d’importantes tensions de trésorerie liées à la perte sèche de chiffre d’affaires… Pour Emmaüs Cher, une contrainte supplémentaire s’est imposée : « fermer nos magasins, c’était voir toutes nos recettes supprimées car traditionnellement, nous ne recevons aucune subvention ; avec le confinement, il a fallu nous passer de nos bénévoles… Pour autant, pas question de s’arrêter car une communauté Emmaüs, ce sont des compagnes et compagnons qui vivent sur place, qu’on loge, qu’on nourrit, que l’on soigne. Emmaüs Cher héberge ainsi 60 personnes sur 3 sites. », explique Philippe Salvetti, son trésorier. 

Dès le 17 mars 2020, le bureau de l’association se réunit. Les 8 salariés déclarent d’une seule voix qu’il n’est « pas question de laisser tomber les compagnons » et se font force de proposition pour organiser un roulement afin qu’il y ait tous les jours l’un d’entre eux qui soit présent à la communauté. Les compagnes et compagnons sont réunis : « pour eux, travailler est essentiel. Le principe même d’Emmaüs, c’est de s’occuper et de faire des choses pour reprendre pied après une période très difficile de leur vie. Hors de question, donc, de les abandonner à l’oisiveté ». On planifie des tâches : du grand rangement, des travaux de rénovation sur les sites.
Les femmes et les hommes de la communauté sont au rendez-vous, se retroussent les manches et prennent des initiatives. La situation humaine et sociale est stabilisée en quelques heures. 

Mais la question financière taraude forcément le bureau de l’association. « Nous avons un mois et demi de trésorerie devant nous. Avec des charges assez importantes et l’obligation de continuer à effectuer des dépenses pour l’alimentation, le logement et la santé des compagnes et compagnons. » Philippe Salvetti prend son téléphone pour contacter Patrice Renvoyé, Chargé d’Affaires Économie Sociale à la Caisse d’Epargne Loire Centre… Au moment-même où Patrice Renvoyé prend contact avec ses clients pour prendre de leurs nouvelles et leur indiquer que la banque reste à leurs côtés dans cette période de toutes les incertitudes. « Nous procédons immédiatement au report des échéances de prêt. C’est l’affaire d’un coup de fil suivi d’un mail de confirmation du directeur financier d’Emmaüs France. » Aucune hésitation pour Patrice Renvoyé, en effet, « car le système de solidarité du réseau Emmaüs, reposant notamment sur une foncière qui contracte les emprunts pour les communautés constitue une forme de garantie… Et avec Emmaüs Cher, la Caisse d’Epargne Loire Centre a toujours eu d’excellentes relations, fondées sur la transparence, la confiance et une grande rigueur dans la tenue des comptes. » 

Puis, tombe l’annonce gouvernementale de l’ouverture du Prêt Garanti par l’Etat (PGE) aux entreprises de l’économie sociale(1). Philippe Salvetti fait ses calculs : « Si on imagine que les boutiques sont fermées jusqu’à mi-juin, on rate le Printemps solidaire en partenariat avec le printemps de Bourges, on ne fait pas la grande vente du 1er juin, on ne fait évidemment pas notre chiffre mensuel habituel… Au total, on est autour de 350 000 euros de manque à gagner et ça colle avec le plafond de 25% du chiffre d’affaires que le PGE peut représenter. C’est donc la somme que l’on pense solliciter au départ. Monsieur Renvoyé nous recommande de commencer par 250 000 euros, quitte à faire une deuxième enveloppe ultérieurement, si nécessaire. »
Le banquier explique : « Notre premier devoir, c’est l’analyse et le conseil. Il ne serait pas professionnel de proposer des prêts au maximum de ce que la garantie de l’état permet. Dans un an, les organisations ou les associations devront les rembourser, avec des mensualités lourdes venant s’ajouter à celles des échéances qui ne bénéficieront plus du report. La stratégie la plus saine, c’est de se donner la possibilité de rembourser par anticipation si l’activité reprend bien à la sortie du confinement ». Une fois le montant ajusté, tout va très vite car « dans la mesure où il s’agit de mesures d’urgence, nous nous devons d’être hyper-réactifs. Et faire preuve de souplesse avec les clients en qui nous avons pleine confiance. » Ainsi, Emmaüs Cher qui boucle d’ordinaire son bilan à fin mars va pouvoir produire un document certifié par l’expert-comptable pour indiquer son chiffre 2019.  « Le dossier ficelé et accepté, nous préparons les contrats et grâce à la signature électronique, le PGE est mis en place en une heure de temps » précise Patrice Renvoyé.
« Et les fonds arrivent sur le compte 6 jours après », complète Philippe Salvetti, s’exclamant « Je n’en suis pas revenu ! Une efficacité redoutable et beaucoup d’humanité ». 

Le 11 mai 2020, la France commence à se déconfiner. Emmaüs Cher va pouvoir rouvrir ses sites, s’attend à recevoir de nombreux dons d’objets car beaucoup de particuliers ont profité de la période pour faire du vide dans les placards et caves. Mais il y a une grande inconnue : « Quel sera le comportement des clients ?
Vont-ils revenir ? ». Les compagnes et compagnons sont équipés et formés pour garantir le respect des mesures barrières. Les équipes communiquent sur le site Internet et les réseaux sociaux, la date et les conditions de réouverture. Mais « on n’a aucune idée de comment ça va se passer. Peut-être que le parking va rester vide. Qu’on n’aura personne. » C’est tout l’inverse qui se produit : « Nous faisons ce jour de reprise le même chiffre qu’un mardi de mois de mai normal ». Et en quinze jours, c’est un chiffre équivalent à celui de tout le mois de mai 2019 qui est réalisé. Un motif de satisfaction pour les équipes d’Emmaüs Cher qui voient aussi que « la mixité sociale est au rendez-vous : comme depuis toujours, certains viennent parce qu’ils n’ont d’autre choix que de se procurer des biens à très bas prix, d’autres pour un achat plaisir », tous avec un esprit de solidarité que le confinement n’a pas entamé. Un motif d’optimisme pour Patrice Renvoyé, qui porte des convictions profondes sur l’économie sociale depuis plus de dix ans qu’il exerce comme chargé d’affaires spécialisé dans cette filière. Pour lui, cette période si particulière que notre pays, avec le monde entier, a traversé a permis « une vraie prise de conscience : chacun a besoin de donner du sens à son travail, à ses actes d’achat etc. » et maintenant que tous se demandent ce que sera le « monde d’après », il « veut croire que les structures de l’économie sociale vont aider à repenser l’économie tout entière ». Et la Caisse d’Epargne Loire Centre de donner d’emblée l’exemple en ayant fait le choix, via sa fondation, de réduire ses dépenses de fonctionnement de façon à pouvoir dégager 72 000 € à redistribuer aux acteurs de l’économie sociale et solidaire sur le territoire, dont évidemment Emmaüs Cher.

(1) Sous réserve des conditions d’éligibilité et de l’étude de votre dossier.

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