Témoignage de Sophie Jalabert : Bien accompagner les créateurs d’entreprises avec BGE

Rencontre avec Sophie Jalabert, Déléguée générale du réseau BGE.

Pourquoi faut-il se faire accompagner quand on crée une entreprise ? 

Beaucoup de gens s’installent et génèrent peu de revenus. Aujourd’hui, la problématique de la création d’entreprise, c’est d’avoir un vrai modèle économique et de le maîtriser. Cela signifie avoir une offre, comprendre son marché, définir une politique de prix, anticiper ses coûts, être un bon vendeur… C’est très important d’avoir des qualités commerciales, car l’entrepreneur est en permanence en train de vendre sa marque.  

Y a-t-il des profils d’entrepreneurs qui ont davantage besoin que d’autres d’être accompagnés ? 

Nos statistiques montrent qu’il n’y a pas de déterminisme social : on a des entrepreneurs de tous horizons, de tout niveau de diplôme, de toutes origines familiales, de tous âges… Et des taux de pérennité à trois ans qui varient très peu (autour de 75 %) selon les différentes variables de situation initiale. 
En revanche, il y a une posture d’entrepreneur qui ne convient pas forcément à tous les tempéraments. Notre premier rôle, en tant que réseau d’accompagnement, est d’informer les personnes qui veulent créer sur tout ce qu’implique la vie d’entrepreneur. Nous allons poser beaucoup de questions aux aspirants créateurs, et surtout mettre le doigt sur celles qu’ils ne se sont pas (encore) posées ! 

Quelles sont les questions que les personnes qui ont envie d’entreprendre se posent trop peu, selon vous ? 

La question de la protection sociale, par exemple, est souvent 
« oubliée ». Or, l’entrepreneur va devoir anticiper la maladie, le risque de rupture d’activité, la retraite… Dans l’élan enthousiaste de la création, il n’a pas forcément envie d’y penser. Pourtant, c’est essentiel, pour lui en tant que personne, comme pour sécuriser l’entreprise. Il va donc falloir apprendre à acheter sa protection sociale. Cela, on ne l’a appris ni à l’école ni dans aucun programme de développement professionnel qui ne soit spécifiquement destiné aux professions libérales ou aux entrepreneurs. 

Une autre question que les entrepreneurs doivent absolument se poser, c’est celle de leur rapport au risque et à la prise de décision. On entre ici dans le vaste sujet des compétences du chef d’entreprise : il ne suffit pas de savoir faire son métier, il faut aussi développer des qualités de manager, constituer et entretenir un réseau, être capable de dialoguer avec des interlocuteurs à la culture et aux intérêts différents (du banquier aux fournisseurs, en passant par les organismes de collecte, l’expert-comptable etc.). 

Quelle est votre méthodologie pour faire émerger tous ces questionnements et définir les profils d’entrepreneur ? 

Nous avons un simulateur de création d’entreprises, BGE Pro, qui permet à l’entrepreneur d’entrer par ses propres questionnements (c’est souvent la question du statut juridique qui arrive en premier) et de cheminer ensuite, de questions en questions soumises par son conseiller BGE, jusqu’à préciser son projet, identifier ses points forts et ceux sur lesquels il doit monter en compétence. Cet outil permet au futur créateur de toucher du doigt les impacts économiques de ses décisions en termes de chiffres d’affaires, de marges, de besoins de trésorerie et in fine de « reste à vivre ». BGE Pro permet de poser autant d’hypothèses que vous voulez et ainsi d’apprendre par le « faire ». 

A l’issue du process, un business plan est généré. L’outil BGE Pro a été développé avec de nombreux partenaires, dont les banques, de façon à ce que le business plan que le logiciel génère réponde aux critères d’évaluation par les banquiers. Nous avons ainsi pu construire des relations de confiance et de compréhension mutuelle avec les banques, notamment avec les Caisses d’Epargne. 

Quelles sont les étapes de l’accompagnement par BGE ? 

Une fois que l’on a évalué la cohérence personne/projet, on passe un contrat avec le créateur pour construire un parcours d’accompagnement le plus personnalisé possible. Ce parcours va comprendre des heures d’accompagnement individuel de type « coaching », et des moments de formation en groupe. Tout au long de ce parcours, la personne va pouvoir accéder à un espace « mon bureau virtuel » qui propose de nombreuses ressources d’information et d’expertise. On va aussi préparer le créateur aux entretiens de financement puis aider à l’installation. Si l’entrepreneur le souhaite, on va rester à ses côtés pendant trois ans, en proposant notamment un programme de formation à la fonction de dirigeant, dans toutes ses dimensions.  

Avez-vous des actions spécifiques en direction des femmes entrepreneures ? 

Chez BGE, le déficit de femmes parmi les entrepreneurs accompagnés est aujourd’hui quasi-résorbé : nous avons 46 % de femmes parmi les personnes accompagnées et 44 % parmi celles qui vont effectivement créer. Nous arrivons à cet équilibre sans communication particulière sur la thématique de l’entrepreneuriat féminin. Mais notre réseau s’est emparé de cette question il y a maintenant plus de vingt ans. Les taux élevés de femmes dans nos publics sont sans doute liés à cet investissement de longue date et à la capacité des BGE à intégrer dans l’accompagnement les contextes liés à chaque personne. Enfin, notre réseau est né de la volonté de faire naître de nouveaux créateurs de richesses, les femmes ne pouvaient rester étrangères à cette volonté.