Groupe souriant

Une aventure entrepreneuriale : Laurie Bondoux, dirigeante d’une entreprise dans le BTP.

Bonjour Laurie, vous êtes aujourd’hui dirigeante d’une entreprise dans la construction que vous avez reprise il y a quelques mois. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de cette aventure entrepreneuriale ?

Mon parcours est assez atypique, car mes parents ont créé une entreprise de travaux publics en 1987. Moi-même étant née en 1991, j’ai été « biberonnée » à l’entreprise familiale ! Arrivée à mon baccalauréat, je n’avais pas vraiment d’idées sur ce que je souhaitais faire, mais une chose était sûre : j’adorais passer du temps sur les chantiers. Pourtant, la première réaction de mes parents a été de m’en dissuader, prétextant que j’étais une fille, et n’avais pas la carrure nécessaire pour être sur un chantier. Je me suis donc résignée à faire médecine, mais me suis vite rendu compte que ce n’était pas pour moi. À peine un an et demi après, je partais pour Egletons afin d’intégrer l’EFIATP, l’École de formation initiale par alternance aux métiers des travaux publics.

J’avais en tête de peut-être reprendre un jour l’entreprise familiale, mais mon parcours m’a conduite à faire des études en génie civil, puis une licence pro travaux publics me destinant à des fonctions de chef de chantier ou conducteur de travaux, mais en aucun cas à être conductrice d’engins !  Or quand mon père a créé l’entreprise, il était seul et faisait tout. Puis en se développant, il a embauché des salariés, mais a continué à être sur le terrain et à conduire les machines.

Bref, à la fin de mes études, j’avais envie de voler de mes propres ailes, de connaître une expérience extérieure à l’entreprise de mes parents, afin d’avoir un regard plus objectif sur elle et d’y trouver plus facilement ma place si je devais y travailler un jour. Je suis donc entrée dans une collectivité, et ai découvert le monde de la fonction publique. J’y suis restée 6 ans, mais l’âge de la retraite approchant pour mon père et celui-ci ayant des pistes pour vendre son entreprise, il fallait que je me décide vite.

L’idée que ce sur quoi ils avaient investi tant de temps, d’énergie et d’argent, ma mère et lui, puisse partir dans le giron d’une autre structure ne m’enchantait guère ! Ma situation de fonctionnaire me permettait de me mettre en disponibilité le temps de tester et de limiter les risques.

Je me suis donc décidée à rejoindre cette belle aventure. Mais quelle place prendre ?  À l’époque, ma mère était en charge de toute la partie administrative (comptabilité, facturation) et mon père de tout le développement commercial quand il n’était pas sur les chantiers.

J’ai commencé par soulager ma mère d’une grande partie de ses tâches, ainsi que de la gestion du personnel, des plannings, des futurs chantiers… jusqu’en octobre 2020, où j’ai pris une place plus importante en rachetant les 50 % de parts de mon père. Ma mère reste également propriétaire à hauteur de 50 %. Nous avons donc dorénavant une entreprise de construction détenue et dirigée par deux femmes !

Vous avez fait le choix d’être accompagnée par la Caisse d’Epargne alors que vous étiez à la concurrence. Pourquoi ce choix et comment celle-ci vous a-t-elle soutenue dans cette aventure ?

Lors de la reprise, nous devions construire le montage financier le plus adéquat. Je me suis donc faite accompagner par notre comptable et notre avocat qui m’ont conseillée de rencontrer plusieurs banques.

J’ai sollicité notre partenaire bancaire d’origine, une banque concurrente adressée par notre comptable, ainsi que l’agence de Moulins (Caisse d’Epargne Auvergne Limousin) dont je connaissais le conseiller.

La Caisse d’Epargne s’est démarquée par le fait qu’elle a mis à notre disposition une équipe dédiée, avec notamment une personne spécialisée en gestion de patrimoine qui a eu une réflexion globale sur le projet. Elle a intégré l’ensemble des données relatives à mes souhaits professionnels, personnels, tout en tenant compte des impacts éventuels des différents montages financiers de reprise sur la situation de mon frère, en veillant à ne léser personne et à respecter les équilibres familiaux.

Le conseiller et le responsable de l’agence Caisse d’Epargne se sont également beaucoup investis. Ce sont d’ailleurs les seuls à avoir demandé à nous rencontrer. J’ai beaucoup apprécié qu’ils soient allés au-delà des activités attendues d’une banque pour prendre ce rôle de conseil qui a été très appréciable. Nous avons été séduits par l’investissement en temps, en disponibilité et en proximité de cette équipe et c’est ce qui a fait pencher notre choix en faveur de la Caisse d’Epargne.

Aujourd’hui, il y a une continuité dans le projet et le suivi. Notre conseiller ainsi que le responsable d’agence nous appellent régulièrement pour s’enquérir de l’activité. J’ai également des projets d’investissements pour lesquels ils m’accompagnement avec du crédit-bail. Enfin, nous venons de mettre en place avec eux un plan d’épargne salariale pour notre société holding.  

Vous vous êtes lancée dans une reprise juste avant la crise du Covid. Quels dispositifs d’aide avez-vous utilisés ? Pourquoi ne pas avoir souscrit au PGE ?

Je dois avouer que pour le moment notre entreprise ne connaît pas la crise ! Un énorme chantier s’est déployé sur deux ans près de chez nous : la mise en autoroute de la RCEA avec 88 kilomètres de route à transformer en deux fois deux voies aux normes autoroutières. Cette construction mobilise toute l’entreprise, nourrissant une activité très intense. Nous avons dû faire appel à 7 intérimaires en plus de nos 7 salariés et nous affichons un taux complet d’occupation des machines. Nous n’avons donc pas eu besoin de recourir à des dispositifs type chômage partiel ou PGE. Même si notre chiffre d’affaires a doublé cette année – ce qui m’a permis de renouveler des machines vieillissantes – il faudra évidemment anticiper l’après Covid car cela devrait coïncider avec la fin de ce chantier. Je dois donc rester vigilante en termes de charges et de trésorerie, tout en projetant la croissance par la prospection commerciale.

Être une femme repreneuse d’une entreprise dans le BTP est assez atypique. Quels ont été les obstacles auxquels vous avez dû faire face ?

Bizarrement, je n’ai pas connu d’obstacles ni de freins particuliers, mais on me pose souvent la question ! Le monde du BTP est très solidaire, hommes et femmes confondus. Il y a plutôt de la bienveillance vis-à-vis des femmes, même s’il peut y avoir à la marge des propos parfois un peu sexistes.

Au contraire, je pense même que cela peut être un atout d’être une femme, car mes collaborateurs pèsent davantage leur propos à mon égard. J’arrive aussi de mon côté à faire preuve de plus d’écoute et de diplomatie que mon père. Les messages passent plus facilement. Il faut évidemment savoir de quoi on parle, s’imposer en experte du sujet et être consciente qu’évoluer dans un monde masculin nécessite parfois quelques ajustements de posture.

Je dirai que mon avantage tient également au fait que cette aventure est familiale et que nous avons une histoire à raconter à nos clients. Il y a un côté rassurant pour eux !

Quels conseils donneriez-vous aux femmes qui souhaitent se lancer ?

Je n’ai jamais eu l’âme d’une créatrice d’entreprise surtout dans le contexte actuel. La reprise d’entreprise a été néanmoins une évidence du fait de cette opportunité qui s’est présentée et de mon histoire personnelle.

Il ne faut donc pas hésiter à se lancer car cette aventure est passionnante, captivante et très riche. On apprend tous les jours à la fois de nos erreurs et de nos réussites. Cela offre l’occasion de mieux se connaître et une liberté d’actions sans égale.

L’important est de bien s’entourer car il faut tenir sur la durée malgré les périodes de doute et de remise en question. Mais ça en vaut la peine !